Le Verger Conservatoire du Jardin du Luxembourg (PARIS 6ème)
Histoire du Verger Conservatoire du Jardin du Luxembourg
En flânant dans le quartier latin à Paris, vos pas vous mèneront sûrement jusqu’au Jardin du Luxembourg, protégé par ses hautes grilles surmontées de feuilles d’or. Il n’en faut pas moins pour préserver cet ilot de verdure et de calme, propice aux rendez-vous amoureux ou aux premiers pas des petits parisiens.Ce que l’on sait moins c’est que le Jardin cache d’autres trésors.
Saviez-vous par exemple qu’à ce même endroit, 14 000 arbres fruitiers sont sortis de la pépinière chaque année ? Mais, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans…. Suivons les allées à la découverte du Verger du Jardin du Luxembourg et de son histoire étonnante.
Nous sommes au milieu du XVIIe siècle et un dénommé Alexis vient de se retirer au couvent des Chartreux qui s’élève alors à l’emplacement actuel du Jardin du Luxembourg. Originaire de Vitry, il connait l’art de former et d’élever les arbres fruitiers. Les frères Chartreux le chargent donc d’exploiter les quarante hectares de leur domaine. La réputation de la « pépinière des Chartreux » est née et dès 1712, ce ne sont pas moins de 14 000 sujets qui partent vers l’Europe toute entière.
A partir de 1750, la succession de la charge de pépiniériste est dévolue à un arboriculteur, Christophe Hervy qui l’assumera avec passion pendant 46 ans. Grâce aux nombreux couvents de Chartreux à travers l’Europe, Hervy constitue alors une collection unique au monde d’espèces fruitières.
Pourtant, en 1789, l’Assemblée Nationale sonne le glas de cette renommée en nationalisant les biens du clergé. Le Domaine des Chartreux revient à la Commune de Paris et une grande partie des arbres sont vendus. Tel Noé, Hervy remet au Jardin des Plantes deux arbres de chaque genre, espèce et variété. Ce qu’il reste de la prestigieuse pépinière aux milliers de sujets est transporté dans l’ancien domaine royal de Sceaux.
Conscient du patrimoine à sauvegarder (déjà à l’époque), Chaptal, ministre de Napoléon 1er, en charge de l’agriculture, décide de réinstaller les arbres fruitiers sur les vestiges de la pépinière des Chartreux. D’énormes travaux, menés par le directeur de la Pépinière Nationale des Chartreux, le fils de Christophe Hervy, ont permis la renaissance du jardin fruitier.
En 1809, le ministre de l’intérieur, Champmol, autorise Hervy à ouvrir un cours sur la culture des arbres dont on peut encore aujourd’hui bénéficier par le biais de l’école d’horticulture du Jardin du Luxembourg.
Après maintes péripéties et désamours, le jardin fruitier échoue dans l’escarcelle de la ville de Paris qui, lors des grands travaux haussmanniens de 1866 établit le jardin fruitier actuel le long de la rue Auguste Comte.
Si la grandeur de la Pépinière s’est fanée, le jardin fruitier est devenu de nos jours le Verger Conservatoire du Jardin du Luxembourg qui protège en son sein pas moins de 700 variétés de pommes et de poires, gardien de la mémoire et du patrimoine hérité des Chartreux.
Publié par Isabelle Defay
